Litanies des Vaincus

Règlement de compte à ID-Corral

Posted in Uncategorized by olaiv on septembre 13, 2009

Jeudi dernier, après le boulot, je prenais un verre avec mon collègue et néanmoins ami T. et, comme à l’habitude et malgré un vent dont la fraîcheur détonnait avec la saison, nous parlions amitiés et politique, confortablement assis en terrasse devant un demi. A un moment, la discussion se concentra sur un ami commun, L. de B., engagé aux côtés de T. dans la section locale du bloc identitaire, et partageant avec ce dernier l’assez obscure fonction de “cadre” de ladite section. Si nous étions d’accord sur l’amitié que nous portions au personnage, nous divergions en revanche sur ses faits d’arme politiques (pour autant que le “militantisme” soit “politique”, mais passons). J’émis des doutes, à ce moment, sur la pertinence de l’engagement auprès du bloc identitaire, ce à quoi T. me répondit qu’à l’image de L., il s’agissait de faire entendre la voix de petits français fiers de l’être, attachés à leur terre et qui défendaient ce qu’ils étaient. Si une fatigue légère mais lancinante due à une nuit trop courte la veille, et une légère ébriété m’empêchèrent de répondre à brûle-pourpoint, Morphée et Bacchus ayant terminé (momentanément) leurs offices respectifs, voici quelques réflexions, a posteriori, sur ce sujet.

1° La première chose qui me vient à l’esprit, est que L. de B. ayant, vous l’aurez noté, un nom à particule, il ne peut être assimilé (dans une vision tout à fait, disons… philo-historique ?) à “un petit français”. J’ignore le titre nobiliaire (et la qualité de ce titre) qui circule dans sa famille, mais l’incurable conservateur que je suis tique quelque peu en repensant à cet argument. Tous les français ne portent pas de particule, tous n’ont pas un château dans la famille. L’argument de mon ami T. était donc, in personam, particulièrement mal choisi.

2° Poursuivons la chaîne des conséquences. Si L. défend le “petit français” qu’il prétend être, alors qu’il porte un titre nobiliaire, cela implique, soit 1° une usurpation du titre (ou de l’absence de titre) du “petit français” (pauvre France, dont les nobliaux jouent aux roturiers pour de vrai… au moins Marie-Antoinette pouvait-elle rentrer au Palais après avoir joué avec ses cochons du Trianon), soit, plus vraisemblablement, 2° une réécriture de l’histoire, dans laquelle on fait apparaître le “petit français de terroir”, personnage principal, héros discret, mais forcément opprimé (puisqu’on ne l’avait jamais vu lui-même — le sans-culotte fin XVIIIe ne comptant pas, évidemment, puisque c’est un sale communiste). Mais opprimé par qui ? par le libéralisme, le capitalisme, le mondialisme et de nombreux autres ennemis en -isme.

3° C’est là que toute la perversité du discours de cette nouvelle extrême droite apparaît. En premier lieu, ce discours (accordons à l’extrême droite, dans le doute et la générosité, le bénéfice de la cohérence du discours) est, dans la forme, fondamentalement constructiviste, donc de gauche si l’on en croit Burke et ses successeurs. La réalité historique et la combinaison logique s’effacent devant la recherche d’une certaine cohérence doctrinale. On a donc, par moments, des mouvements dont le discours paraît extrêmement bien construit, logique et évident. Mais, à l’instar de tout système formel, on sait depuis Gödel qu’il est nécessairement imparfait ; la cohérence parfaite n’existe pas plus en politique qu’en logique, le hic reposant en l’occurrence sur l’oubli de la réalité. Par exemple, de ce que le capitalisme, avant d’être un affreux usurier aux doigts crochus nichant dans une tanière puante, était un opulent marchand français logeant dans un magnifique hôtel particulier. Et que le roi dollar avait un ancêtre au nez bourbonien. Oubli bien tragique qui, d’ailleurs, éloigne bien souvent cette nouvelle extrême droite de ce qui devrait être la raison d’être de la droite, le conservatisme. A cet égard, qu’aurait dit Maistre à propos du “petit français” ? “Le “Petit Français”, je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu.” “Petit français”… archétype des militants identitaires, mais est-ce autre chose qu’un stéréotype caricatural, une reconstruction fondée sur quelques images d’Epinal ?

4° Dans le fond, le discours est, là encore, très marqué à gauche — donc très loin de ce qu’on pourrait attendre de “militants” d’extrême droite. Anti-libéral (tant économiquement que moralement, malgré une assez forte présence païenne), anti-capitaliste, anti-mondialiste. En terme de “programme”, la seule réelle différence avec l’extrême gauche se situe dans la position vis-à-vis de l’immigration ; les pensées résiduelles du passé des uns et des autres ne sont pas très éloignées : l’extrême droite reste, dans une certaine mesure, marquée par le nazisme et le mythe de la pureté raciale, alors que l’extrême gauche recherche une autre pureté dans le mélange absolu. Cette différence étant assez largement une reconstruction a posteriori, puisque la gauche a été, dans de nombreux pays, en pointe dans l’utilisation politique des sciences en vue notamment d’une politique eugéniste. En terme d’idéaux, la différence extrême droite – extrême gauche a tendance à s’effacer, à l’initiative de la première. Si l’on a pu, des décennies durant, distinguer le nationalisme de droite de l’internationalisme de gauche, le premier disparaît peu à peu, au profit de périphrases, dont “l’identité” est des principales.

5° A propos d’identité, d’ailleurs, hormis le fait qu’elle recouvre de l’aveu même de ses hérauts des réalités multiples (identité locale, régionale, européenne : le nationalisme est bel et bien passé aux oubliettes), sa défense peut-elle constituer un programme politique ? Sans doute oui… mais quel programme ! Le conservateur que je suis considère (à son grand dam d’ailleurs) qu’il faut connaître le passé (donc s’avaler des tonnes de bouquins parfois rébarbatifs) pour comprendre le présent et envisager l’avenir. Là-dessus, seuls les adeptes de la tabula rasa (que l’on ne trouve — ou devrait trouver — qu’à gauche) pourront diverger. Mais l’avenir ne sera pas le passé. Et la défense du “petit français de terroir” devient un non-sens historique ; ce qui est fait, est fait. Ce qui est mort, est mort. Dans les deux cas, ce n’est pas un hasard. Et c’est là que, pensant utiliser l’histoire comme une arme, l’extrême droite s’y réfugie comme dans les jupes de sa mère…

6° Dernier point (last but not least), on devrait de nos jours se méfier du pouvoir en place. La meilleure preuve du danger qu’il représente étant, précisément, que l’on n’en parle jamais (du danger, pas du pouvoir), ce qui, dans un pays géré par un Etat qui avale plus de la moitié de la richesse nationale et parvient néanmoins à s’endetter jusqu’au cou, est relativement troublant. Or, l’extrême droite n’a jamais poussé à fond la réflexion sur ce point, mis à part quelques protestations contre Big Brother à telle ou telle occasion (sauf évidemment lorsque le Big Brother l’arrangeait, cf. notamment la télésurveillance comme arme contre la délinquance). Elle préfère souvent (et les identitaires en premier) se concentrer sur tel ou tel détail (la mosquée de tel endroit, ou telle association de gauche). Le souci est que, relativement fréquemment (à l’exception de ce qui touche à l’islam), elle ne fait que tendre un plateau au pouvoir en place, qui renforce ledit pouvoir. L’argument est classique : cela force les politiques à bouger. Certes. Mais cela offre surtout aux politiques une tribune qui leur permettra de se poser en défenseurs zélés de quelque cause minable. Un exemple assez marquant a été celui de l’interdiction du groupe de rap Sniper, que les identitaires poursuivaient de leur vindicte pour quelques paroles offensantes pour la France (ce qui est étonnant quand 1° on n’est pas nationaliste, 2° on prétend défendre la liberté d’expression et 3° on n’aime pas Big Brother). Résultat : Nadine Morano est montée au créneau, le groupe a été interdit de scène et s’est vu reléguer au rang d’attraction de foires de banlieue. Qui en est sorti vainqueur ? le pouvoir en place. Et les identitaires ? non. Parce que leur démarche allait dans le sens du pouvoir (on commençait déjà à sentir la vague inquiétante du totalitarisme sarkozyste). A ce titre (et comme ils l’ont encore récemment prouvé), leur démarche consiste uniquement à faire pression sur le pouvoir exécutif pour qu’il applique la loi (condamner des insultes, expulser des sans-papiers). Mais il n’y a là ni remise en cause de la loi, ni remise en cause du pouvoir. Ce n’est pas un mouvement politique, mais cela ressemble bien davantage à un comité de citoyens qui réclame plus d’Etat.

Bref… arrêtons-là nos divagations. Et remercions le ciel que je n’aie pu les livrer telle quelles à mon ami T., devant nos demis respectifs, car nous y serions encore…

True natural right

Posted in Uncategorized by olaiv on août 30, 2009

Far am I from denying in theory, full as far is my heart from withholding in practice (if I were of power to give or to withhold) the real rights of men. In denying their false claims of right, I do not mean to injure those which are real, and are such as their pretended rights would totally destroy. If civil society be made for the advantage of man, all the advantages for which it is made become his right. It is an institution of beneficence; and law itself is only beneficence acting by a rule. Men have a right to live by that rule; they have a right to do justice, as between their fellows, whether their fellows are in public function or in ordinary occupation. They have a right to the fruits of their industry and to the means of making their industry fruitful. They have a right to the acquisitions of their parents, to the nourishment and improvement of their offspring, to instruction in life, and to consolation in death. Whatever each man can separately do, without trespassing upon others, he has a right to do for himself; and he has a right to a fair portion of all which society, with all its combinations of skill and force, can do in his favor. In this partnership all men have equal rights, but not to equal things. He that has but five shillings in the partnership has as good a right to it as he that has five hundred pounds has to his larger proportion. But he has not a right to an equal dividend in the product of the joint stock; and as to the share of power, authority, and direction which each individual ought to have in the management of the state, that I must deny to be amongst the direct original rights of man in civil society; for I have in my contemplation the civil social man, and no other. It is a thing to be settled by convention.

Burke, Reflections on the Revolution in France

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Le facho malgré lui

Posted in Balles dans l'Anuc by olaiv on janvier 16, 2009

Internet résonne (et ne raisonne pas) des échos de la voix de Brice Hortefeux, nouveau responsable du MiniLuv. Celui-ci introduit ainsi l’équipe dont il a désormais la charge :

Il a estimé que ses trois secrétaires d’Etat ont en commun “une très grande indépendance”, évoquant tour à tour “Nadine” Morano, “Valérie” Létard et “la dernière qui arrive, Fadela” Amara, “qui est une compatriote -comme ce n’est pas forcément évident, je le précise”.

Evidemment, cette petite phrase s’est immédiatement transformée en stimulus pour les neurones uniques des grands penseurs de notre temps. Et que je t’en fiche, du racisme larvé, et patati et patata, et inch’Allah.

Bon. Ce qui est très con, c’est que juste après, Hortefeux (pour qui je n’ai, précisons-le, ni admiration, ni amitié, ni rien du tout) a précisé qu’Amara était, comme lui, auvergnate. Qu’à celà ne tienne. Le risque d’une pensée de traviolle étant en soi un crime, voilà l’Hortefeux sous surveillance.

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Darcos pour l’uniforme à l’école

Posted in MiniLuv by olaiv on janvier 16, 2009

En visite à Londres, le ministre de l’Education a vanté les mérites de l’uniforme et ne serait pas contre l’expérimenter en France. Version tee-shirt plutôt que blouse grise. (…)

(…) le ministre a rappelé avoir suggéré il y a quelques années qu’il soit généralisé. «Mais on y a tout de suite vu évidemment un côté réactionnaire et vieillot, en disant: “Ca y est, il veut mettre tout le monde en blouse grise”.»

«Il n’en était rien évidemment, mais je trouvais que dans certains établissements où il y a une très grande mixité sociale, de très grandes disparités d’origine, on pourrait expérimenter en effet que les élèves aient tous les mêmes tee-shirts ou une tenue comparable, a-t-il repris. Ça n’aurait, me semble-t-il, rien de scandaleux. Au contraire je pense, ça serait un facteur d’intégration supplémentaire.»

Source : Libération

Deux questions, par le menu.

  1. Pourquoi diantre aller se réfugier auprès de la perfide Albion pour cette sortie fichtrement incorrecte ?
  2. Pourquoi diantrefoutre faudrait-il limiter l’uniforme à quelque chose d’aussi formel qu’un t-shirt ? T-shirt, pantalons baggy, coiffure emo, iPod et casque hifi assortis, voilà un uniforme digne de ce nom.

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